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Affaire des otages du Liban
Avec
Pasqua
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LE MONDE - 16.05.02 - 15h31
Affaire des otages du Liban :
nouvelles investigations sur le rôle de M. Pasqua
L'instruction sur les largesses octroyées par un homme
d'affaires à l'ancien ministre de l'intérieur porte désormais sur un "abus
de biens sociaux".
Le parquet de Paris a délivré, le 24 avril, un réquisitoire supplétif pour
"abus de biens sociaux, complicité et recel" aux juges Isabelle
Prévost-Desprez et Philippe Courroye, qui instruisent l'affaire
dite des "otages du Liban". Une source judiciaire a indiqué
au Monde que l'extension de la saisine des magistrats, qui vise la mise
à disposition de Charles Pasqua de luxueux bureaux par une société
appartenant à l'homme d'affaires d'origine libanaise Iskandar Safa,
devrait valoir à l'ancien ministre de l'intérieur d'être prochainement
convoqué au pôle financier.
Ouverte initialement pour "blanchiment", à
la suite d'une dénonciation de la direction de la surveillance du territoire
(DST), l'instruction porte sur les largesses qu'aurait consenties M. Safa
- visé par un mandat d'arrêt depuis le 28 décembre 2001 - à des proches de
Charles Pasqua.
Soupçonnées d'avoir perçu à plusieurs reprises
d'importantes sommes en liquide, une proche collaboratrice de M. Pasqua,
Marie-Danièle Faure, ainsi que l'épouse du député européen (RPF) Jean-Charles
Marchiani, sont poursuivies dans cette procédure pour "recel de
blanchiment aggravé" et "trafic d'influence aggravé".
Toutefois, alors que la DST postulait que les fonds
provenaient d'une rançon qu'aurait versée l'Etat français afin de libérer
en 1987 et 1988 les otages détenus au Liban, les magistrats semblent estimer
qu'ils proviendraient en fait de commissions versées à l'occasion de la
vente de navires au Koweït, en 1995, par les Constructions mécaniques de
Normandie (CMN), la société phare d'Iskandar Safa (le Monde du 26
mars).
Les enquêteurs ont découvert que, de 1988 à 1993, la société
Triacorp international, qui appartient à M. Safa, avait loué
à l'association France-Afrique-Orient (FAO), dont M. Pasqua était
le vice-président, des bureaux situés 3, boulevard La Tour-Maubourg - siège
de Triacorp -, dans le quartier des Invalides, à Paris. M. Pasqua,
ministre de l'intérieur de 1986 à 1988 puis de 1993 à 1995, avait utilisé
ces bureaux pour ses activités politiques entre ses deux séjours place
Beauvau. Fondée en 1988 par l'ancien premier ministre Pierre Messmer -
qui en était le président -, France-Afrique-Orient avait été
dissoute en octobre 2000.
L'ancien secrétaire général de la Ville de Paris -aujourd'hui
directeur général des services du conseil général des Hauts-de-Seine – Bernard
Bled, en avait été le trésorier de 1988 à 1996.
Le financement de FAO avait valu au président du RPF, en
mai 2001, d'être mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux"
dans l'affaire des ventes d'armes vers l'Angola, lorsqu'il était apparu que
l'association avait perçu 1,5 million de francs d'une société de Pierre
Falcone. L'examen des comptes de Triacorp semble indiquer que cette
société s'est abstenue de réclamer à l'association les quelque 100 000
francs de loyer mensuels. Les enquêteurs ont chiffré le préjudice à 4,22
millions de francs au 31 décembre 1992. Les dirigeants de Triacorp
auraient dissimulé cette créance dans le compte de résultat de la société.
Les policiers ont été intrigués par la découverte d'un
courrier du 25 février 2002 - plusieurs mois après que l'affaire eut éclaté
- signé de l'ancienne directrice générale de Triacorp (1987-1996), Anne
Denis, dans lequel cette dernière réclamait le règlement des impayés.
Interrogée par les magistrats le 21 mars, Mme Denis a expliqué
qu'entre 1988 et 1993, intimidée par la notoriété de M. Pasqua, elle
n'avait pas osé lui réclamer le remboursement des loyers.
Selon plusieurs témoignages, les bureaux occupés par M. Pasqua
boulevard La Tour-Maubourg auraient été le théâtre d'importantes remises
de fonds en espèces à Mmes Faure et Marchiani. Interrogé par Le
Monde, l'avocat de M. Pasqua, Me Léon Lef Forster a indiqué
que son client n'était "pas au courant de ces histoires de loyers".
"M. Pasqua n'avait pas à s'occuper de la gestion d'une
association dont il n'était même pas le président", a-t-il ajouté.
Fabrice Lhomme
(ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.05.02)
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